Chloé

Thévenin

CLUB

Son prénom vaut à lui seul pour mot de passe, clin d’oeil entendu. CHLOÉ. Synonyme de mix aliens, loins du monde, à l’élégance quasi nucléaire : CHLOÉ se sert de ses disques comme de cartes que l’on rabat.
On peut égrener la liste des clubs légendaires dans lesquels elle a laissé sa marque (Robert Johnson, Berghain / Panorama Bar), ses résidences au Rex Club, les grands festivals (Mutek, Burning Man, Sonar, DGTL, Nuits Sonores, Glastonbury), mais la force de CHLOÉ est sans doute dans l’art de rejouer la mise chaque week-end.
Elle est volontairement amnésique des scènes qu’elle a traversées : et ainsi elle ne s’encombre pas. CHLOÉ mixe au présent. Son approche transversale à jouer des morceaux club, leftfield, electro et minimal techno qu’elle exhume, dessine des contrastes et l'a amenée à contribuer à définir le pouvoir transformateur d’un club et la puissance émotionnelle d’un DJ set.
Elle ne fait pas jouer sa mémoire mais ses obsessions. Du coup, sa définition de la disco est mouvante : dark, disko new wave… Entendons par là une certaine qualité de noir, un jeu de cache-cache avec le lâcher prise, quelques sonorités robotiques pour goûter aux plaisirs du pas de côté et de la retenue. Les mixes de CHLOÉ sont comme ces clubs qui s’assombrissent, gagnent en profondeur et en unité au fur et à mesure qu’ils se remplissent de danseurs flamboyants. Musique électronique versatile et hors normes, encore et toujours, aux sensations physiques autant que mentales.
Cela vaut pour ses mix, cela vaut aussi pour ses propres productions. On en a la certitude, au fur et à mesure de ses sorties, sur des labels souvent parmi les plus iconiques, à commencer par Drifter, son nouvel EP sorti sur son propre label Lumière Noire, ou encore The Dawn (longue mélopée entre minimal techno et new wave), Mars 500, track plus frontal, ou Night Rider (DGTL records). Citons encore ses remixes pour Metronomy, Etienne Daho, Malik Djoudi, Feu Chatterton, Mirwais… Elle a en permanence façonné son son, tracé son propre chemin au sein de la scène électronique underground.
Dans son studio de Ménilmontant, sur les hauteurs de Paris, CHLOÉ produit aussi des morceaux plus ambient, pour matins contemplatifs (SloMo A/V), travaille à des collaborations (Vassilena Serafimova, Ben Shemie, …) ou à des bandes originales de films.
On peut toujours se dire que ça n’a rien à voir, que c’est une autre face d’elle-même. On peut aussi considérer la chose autrement : oui, cette CHLOÉ rêveuse ressemble comme deux gouttes d’eau à la CHLOÉ qui sait se montrer si abrasive la nuit, dans le club.
CHLOÉ, telle qu’en elle-même - différente et pas pareille.

Texte de P. Azoury

COMPO

Après dix ans à contester les catégories, Choé s’est sentie de plus en plus libre de travailler sur des textures sonores, des climats, des morceaux de narrations, des embryons d’histoires qui prolongeront suivant la commande ou les rencontres une bande son de films : en 2017, Chloé a signé la BO de Paris La Blanche de Lidia Leber Terki, en travaillant avec des musiciens kabyles. Mais déjà en décembre 2012, La Cinémathèque française lui a passé commande d’une bande son, jouée live, pour accompagner la restauration d’un des premiers films muets anglais d’Alfred Hitchcock : Blackmail (1929).

Suivrons celles d’Arthur Rambo, huitième film de Laurent Cantet (palme d’or à Cannes en 2008 pour Entre les murs) puis celle de La Montagne de Thomas Salvador (Prix SACD de la quinzaine des réalisateurs en 2022) ou encore Blanquita de Fernando Guzzoni (prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise en 2022).

Mais le spectre, depuis n’a cessé de s’élargir : Pour le festival d’Avignon en 2022 Chloé proposait une création qui accompagnait Silent Legacy, la nouvelle chorégraphie de Maud Le Pladec mais aussi une bande son pour l’installation Anima de la plasticienne Noémie Goudal et de la metteuse en scène Maëlle Poésy. Pour le festival Montpellier danse 2021, on retrouvait déjà la musique de Chloé sur Counting stars with you (musiques femmes), la nouvelle chorégraphie de Maud Le Pladec. Elle avait déjà collaboré avec cette dernière en 2020, sur le projet Static Shot.

On la retrouve également au centre d’une expérience immersive : le projet Slo Mo, avec les visuels de Dune Lunel Studio, qui se tient aux confins de l’hypnose : ce live ambiant qui a été joué au TAP de Poitiers, au Lieu Unique à Nantes pendant le festival Assis/ Debout/Couché (en version couchée), lors de l’événement Grand Paris à Saint Denis avec Le 104, au festival Sónar à Barcelone et au Southbank Center à Londres. Slo Mo s’est mué aussi en une installation vidéo et sonore, œuvre autonome immersive inspirée du travail personnel photographique de Chloé invitant à un voyage sensoriel.

Ces expériences ont aussi nourri le duo que Chloé forme avec la musicienne de marimba : Vassilena Serafimova. Un album, Sequenza, sorti en octobre 2022 sur Lumière Noire. Il fait suite à un certain nombre de concerts donnés dans des Scènes Nationales, des festivals de musique alternatives des théâtres. Autant d’endroits qui ne sont pas, à-priori, les lieux naturels de la musique de Chloé, mais qui incarnent aujourd’hui de façon active son esprit d’ouverture et sa volonté d’être toujours plus accessible, de faire pont avec d’autres cultures que celle du clubbing.

La musique de Chloé peut enfin se lover dans les contraintes d’un habillage radiophonique. Chloé a été mandatée par France culture pour produire l’habillage de la station à partir de la rentrée 2021. Des mondes d’une durée de quelques secondes à peine, mais qui valent comme autant d’invitations à l’écoute.

Écrit par Philippe Azoury

CLUB

Her first name alone has become a kind of password - an unspoken reference for those in the know. CHLOÉ. A synonym for otherworldly DJ sets, far removed from the ordinary, guided by an almost atomic sense of elegance. She plays records like cards, revealing each one only when the moment is right.
You could list the legendary clubs she has left her mark on - Robert Johnson, Berghain / Panorama Bar - her long-running Rex Club residencies, or the major festivals that have welcomed her, including Mutek, Burning Man, Sónar, DGTL, Nuits Sonores and Glastonbury. But CHLOÉ's true strength lies in her ability to treat every weekend as a new beginning.
She is deliberately forgetful of the scenes she has passed through. That refusal to dwell on the past keeps her unburdened. CHLOÉ plays entirely in the present. Her transversal approach to weaving together club music, leftfield, electro and minimal techno - often bringing forgotten records back to life - creates striking contrasts and has helped define both the transformative power of the club and the emotional force of a DJ set.
She doesn't rely on memory, but on obsession. Which is why her vision of disco is constantly shifting: dark, disko, new wave… A certain richness of shadow, a game of hide-and-seek with letting go, robotic textures that embrace restraint and the pleasure of stepping slightly off-centre. CHLOÉ's sets resemble clubs themselves: spaces that grow darker, deeper and more unified as the dancefloor fills with flamboyant dancers. Versatile, uncompromising electronic music that engages both body and mind.
The same could be said of her own productions. That much becomes clear with every release, often on some of electronic music's most iconic labels. Beginning with Drifter, her latest EP on her own label Lumière Noire, alongside The Dawn - a long-form piece somewhere between minimal techno and new wave - the more direct Mars 500, and Night Rider on DGTL Records. Her distinctive touch can also be heard in remixes for Metronomy, Étienne Daho, Malik Djoudi, Feu! Chatterton and Mirwais. Throughout her career, she has continually shaped her own sound, carving out a singular path through the underground electronic scene.
From her studio in Paris' Ménilmontant district, CHLOÉ also creates more ambient works for contemplative mornings (SloMo A/V), develops collaborations with artists such as Vassilena Serafimova and Ben Shemie, and composes original scores for film.
You could say these projects belong to a different side of her. Or perhaps they reveal exactly the same artist. The dreamlike CHLOÉ of the studio is inseparable from the fiercely uncompromising CHLOÉ of the dancefloor.
CHLOÉ - always herself. Different, yet unlike anyone else.

Text by P. Azoury

COMPO

After ten years of challenging labels and categories, Chloé felt increasingly free to work on sound textures, ambiances, narrative pieces, and other embryonic sonic storytelling devices ready to nestle themselves in a film soundtrack, leading Chloé to work with Kabyle musicians to score Lidia Leber Terki’s 2017 Paris La Blanche. This was no debut, however: as early as December 2012, the Cinémathèque française commissioned her to create a live soundtrack to accompany the restoration of one of Alfred Hitchcock’s first English silent films, 1929’s Blackmail.

And soon, more of her scores will grace the screens. First, there was the soundtrack for Laurent Cantet’s (2008 Palme d’Or at Cannes for Entre les Murs) eighth film Arthur Rambo. Then followed La Montagne (The Mountain) directed by emerging French director Thomas Salvador, and Blanquita (2022 Best Screenplay at Venice Film Festival) of the Chilean writer-director Fernardo Guzzoni.

And the spectrum never ceases to expand: for the 2022 edition of Festival d’Avignon, Chloé proposed a creation that accompanied Maud Le Pladec’s latest choreography Silent Legacy and a soundtrack for Anima, an installation by the artist Noémie Goudal and director Maëlle Poésy. It was Chloé’s and Maud’s third collaboration, after 2021 Counting Stars with You (musique femmes) and 2020 Static Shot.

She is also at the center of an immersive, hypnotic experience: the Slo Mo project, with visuals by Dune Lunel Studio, an ambient live performance that was performed at the TAP in Poitiers, at the Lieu Unique in Nantes during the Assis/ Debout/Couché festival (in a recumbent version), during the Grand Paris event in St Denis in collaboration with Le 104, at the Sónar festival in Barcelona, and at the Southbank Center in London. Slo Mo gradually evolved into an autonomous sensory and immersive sound and video installation by taking in Chloé’s photography work.

These experiences have also informed Chloé’s work with marimba player Vassilena Serafimova. An album from the duo, Sequenza, will be released in October on Lumière Noire, following a number of concerts performed in French public theaters and at alternative music festivals – places that may not be natural habitats for Chloé’s music, but embody her spirit of openness and her will to make her work ever more accessible, building bridges with cultures beyond the clubs.

Finally, Chloé has been commissioned by French public radio network France Culture to produce its new on-air identification, starting in September 2021 – sonic universes that may last only a few seconds, but tell stories that make the listener want to pay attention.

Written by Philippe Azoury

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